Wenze ya Libulu, le repaire des cordonniers à Barumbu

Par Christian Nsimba

ven 16/08/2019 - 10:36

Tables coincées et un peu désordonnées, l’air rendu irrespirable par endroits avec la colle et d’autres produits d’entretien des chaussures, forte concentration humaine dans un petit périmètre, l’ambiance est parfois kafkaïenne à "wenze ya libulu" (littéralement : le marché du trou), une référence pour les cordonniers de la commune de Barumbu, à Kinshasa.

La particularité de ce marché est de mettre ensemble vendeurs des produits de cordonnerie, réparateurs et fabricants des chaussures. Ces derniers produisent sandales, souliers, mocassins… 

Ce marché peu entretenu a une histoire vieille de quelques décennies, révèle, Ferdinand Mayimona, 54 ans, qui tient son échoppe à wenze ya libulu depuis 1984. Tout commence vers le début des années 70 avec un ancien agent de Bata une société de fabrication des chaussures d'origine tchèque qui a existé à l'époque sur la route des poids lourds au quartier Kingabwa. Ce travailleur venait à l’endroit qui abrite actuellement ce marché pour jeter les déchets qui sortaient de Bata. Ces déchets vont constituer la matière première pour les cordonniers qui s’installent-là. 

Pour attirer les clients, chaque cordonnier compte sur son savoir-faire, son esprit de créativité.  

« Je travaille dans ce marché depuis 2011, je fabrique des mocassins et des sandales » Seres, 30 ans, qui se fait appeler maître. Comme tous les anciens cordonniers qui ont des élèves.  

Réparateurs et fabricants des chaussures installés à wenze ya Libulu affirment subvenir aux besoins des familles entières grâce à cette activité. 

Maman mimi vendeuse des plusieurs objets de la cordonnerie (fils, crochets, colle, clous, ....) affirme appuyer son mari, fonctionnaire de l'État qui ramène un modique salaire, à couvrir le budget familial.

"Si je ne fais pas ainsi, il nous sera difficile de nouer les deux bouts du mois, surtout qu’il y a des mois ou pour une raison ou une autre il reste impayé. Et nous avons 6 enfants", déclare-t-elle.

Timothée, 42 ans, livre un témoignage similaire : "ça fait 24 ans depuis que je suis installé ici. J'étais encore très jeune, je venais de finir mes humanités. Aujourd'hui j'ai 42 ans, mes enfants étudient et nous vivons de cette affaire. Ce n'est pas facile mais je me suis déjà adapté à ce mode de vie", résume-t-il.

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