Inauguration à Kinshasa, en 2016, projet d'adduction d'eau potable par la Fondation Fally Ipupa. Photo MONUSCO/Michael Ali

Bercy : Fally a gagné

Inauguration à Kinshasa, en 2016, projet d'adduction d'eau potable par la Fondation Fally Ipupa. Photo MONUSCO/Michael Ali
Par MYA

sam 29/02/2020 - 16:13

Il est le meilleur ambassadeur actuel de la musique congolaise. Vendredi 28 février 2020, il s’est lancé dans un défi fou : livrer un concert à Paris. Dans l’Accorhotels Arena, anciennement Palais Omnisports de Paris Bercy. L’annonce du concert sonnait comme un défi, comme une déclaration de guerre. Fally a tenu bon. Et son concert a eu lieu…10 ans après les dernières prestations des Congolais sur la scene de Paris.

Il est 23h30’ ce vendredi, lorsque derrière la scène un membre de son équipe vient souffler un mot à l’oreille de Fally Ipupa qui électrisait depuis près de 2 heures 30’ la mythique salle de Barcy, 20 000 places assises, devenue Accorhotels Arena depuis 2015. La minute d’après, la star annonçait la fin de son spectacle dans une huée de protestation. Car personne ne voulait plus que le spectacle de Fally finisse. Le concert de Fally à Bercy est une victoire. D’abord et avant tout sur l’intolérance, la pensée unique et l’extrémisme de quelques groupes de Congolais opposants à Kabila hier. Et aujourd’hui de…rien.

Lorsqu’ils lancent leur mouvement vers la fin des années 2000, les groupes des radicaux boycottent, puis empêchent par tous les moyens les concerts des musiciens congolais à Londres, Paris, Bruxelles, Berlin…Le péché des musiciens : avoir chanté à la gloire de l’ancien président congolais Joseph Kabila alors que l’est de la RDC est empêtré depuis des décennies dans des violences inqualifiables qui ont fauché des millions de vies. Ils seront nombreux les artistes congolais à buter à la violence verbale et physique des « combattants » comme se font appelés ses radicaux. Décembre 2013, le concert de JB Mpiana au Zénith de Paris est annulé en raison de graves menaces des violences des combattants qui promettaient à l’artiste « l’apocalyse ».

Si la plupart des figures de proue de la musique congolaise ont effectivement chanter pour Kabila pendant les campagnes présidentielles de 2006 et 2011, certaines se sont démarqué. Au nombre desquelles Fally Ipupa. El Maravillosso, de son surnom actuel – il en change constamment – ne chante pour aucun candidat à la présidentielle. D’ailleurs, lorsque les joutes électorales approchent, il s’arrange pour toujours être en dehors de la République Démocratique du Congo. Mais il fait plus. L’artiste qui a pignon sur rue crée une fondation. Devient ambassadeur de bonne volonté pour les agences de l’ONU. Il multiplie actions caritatives en faveur des populations sinistrées… de l’Est de la RDC. De quoi rencontrer les revendications des combattants. Qu’importe. En juin 2017, son concert à La Cigale de Paris est interdit. La préfecture de police craignant des troubles graves à l’ordre public fait annuler le spectacle. Les combattants, encore eux, promettaient d’en découdre avec l’artiste et les spectateurs au nom de leur rage contre Kabila pour qui Fally n’a pourtant jamais chanté.

Un mois plus tard, c’est le concert prévu d’Héritier Watanabe à l’Olympia de Paris qui est annulé par le préfet de police à une heure du début du spectacle alors que les combattants finissaient de brûlaient les poubelles, place de l’opéra, à quelques encablures du lieu du concert.

Vendredi 28 février, la violence des combattants n’aura pas eu le dessus sur le bon sens. Elle aura juste mis en lumière et de façon négative la communauté congolaise de Paris. Car les tentatives de faire annuler le concert cette fois-ci auront toutes échoué. La veille du spectacle, la police française interdisait toutes les manifestations revendicatives contre le concert. Sept au total. Les périmètres de Bercy étaient ce soir-là ultra-sécurisés. Impossible aux combattants d’opérer le blocus.

A deux heures du début du concert, les équipes de l’artiste relayaient sur sa page Facebook officielle l’accès des spectateurs dans la salle dans le calme sous l’œil vigilant de la police. Les derniers doutes sur la tenue, enfin d’un concert congolais à Paris après une décennie, commençaient à se dissiper. Dépités, les combattants utilisaient, en vain, leur dernière carte. Dans une violence inouïe, ils mettaient le feu à la Gare de Lyon, provoquant l’interruption pendant plusieurs heures du trafic sur cette ligne. Ce qu’ils ont le plus réussi par cette action est d’unir les voix des Congolais des toutes les tendances politiques pour condamner fermement ces actes. Et fait rare, de demander le rapatriement de leurs compatriotes sans-papiers auteurs de ces violences. Fally Ipula, l’aigle, aura lui survolé. Et Bercy. Et les combattants pour un retour triomphal des concerts de musique en Europe.

Indignations

Préfet de police, acteurs politiques, internautes,... de nombreuses voix se sont élevées pour crier leur indignation des violences des combattants. La police annonce des poursuites judiciaires contre les organisateurs des manifestations interdites. Nicolas-Dupont Aignan, président de Debout La France et député de l'Essone a raté son train à la gare de Lyon à cause de la violence des combattants. Il a tout de suite fait une vidéo sur Facebook pour dénoncer "l'inefficacité" de la France face à des tels agissements.

Et Marine Le Pen s'est fendue d'un Tweet rageur comme à l'accoutumée:

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