2 novembre, pour que les crimes commis contre les journalistes ne restent pas impunis

Par Job Bunana

lun 04/11/2019 - 18:13

Le 18 décembre 2013, l’Assemblée générale des Nations Unies adoptait la résolution 68/163 qui a fait de la journée du 2 novembre la journée internationale de la fin de l'impunité pour les crimes
commis contre des journalistes.

Ça n’en a peut-être pas l’air, mais les journalistes exercent un métier dangereux et peuvent se faire tuer à n’importe quel moment. Le choix de la date du 2 novembre a été fait en mémoire du décès de deux journalistes de R.F.I, Ghislaine Dupont et Claude Verlon assassinés le 2 novembre 2013 alors qu’ils étaient en mission à Kidal, dans le nord du Mali.

Très médiatisé, ce double assassinat a permis d’interpeller sur les conditions de travail des journalistes à travers le monde, car ce jour-là, samedi 2 novembre 2013, Ghislaine et Claude étaient en plein exercice de leur travail. Voici ce que raconte le site Lacroix.com sur les conditions de décès de ces deux journalistes : « Vers 13 heures, samedi 2 novembre, Ghislaine Dupont et Claude Verlon quittent le domicile d’Ambéry Ag Ghissa, l’un des représentants du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), qu’ils viennent d’interviewer en vue de la « spéciale Mali » que RFI prépare pour le milieu de la semaine. Ils montent dans leur véhicule pour se rendre à leur prochain rendez-vous, du côté de la succursale de la Banque malienne de solidarité (BMS), lorsqu’un pick-up beige surgit. Des hommes armés, « enturbannés » et parlant Tamachek (la langue touarègue du nord du Mali) s’emparent des deux journalistes, les ligotent et les embarquent dans leur véhicule. Malgré les barrages qui assurent la sécurité de Kidal, les ravisseurs parviennent à quitter la ville vers l’est, en direction de la frontière algérienne. Deux heures plus tard, les corps des deux journalistes tués par balle sont retrouvés par une patrouille française, à environ 12 km de Kidal ».

En un rien de temps, les deux journalistes avaient perdu la vie. Elles sont aussi tragiques les unes comme les autres, ces histoires des journalistes morts juste parce qu’ils voulaient « informer ». Il est encore frais, le souvenir du journaliste Saoudien Jamal Khashoggi, étranglé et démembré au consulat saoudien à Istanbul en septembre 2018.

Selon les Nations-Unies, de 2006 à 2017, 1000 journalistes ont été assassinés et dans 90 % des cas, les auteurs restent impunis. Le Baromètre des violations de la liberté de la presse de Reporters sans frontières renseigne qu’en RDC, 7 journalistes ont été assassinés sur les dix dernières années à cause de leurs activités de journalistes. Ces journalistes congolais sont : Marcel Lubala (2016) RTNC Mbujimayi ; Soleil Balanga (2015) de la Radio Communautaire de Monkoto ; Robert Chamwani (2014) de la RTNC/Goma ; Kennedy Germain Mumbere (2014) de la Radiotélévision Mungano, Guylain Chandjano (2013) de la Radio Canal Révélation et pigiste pour la RTNC/Bunia ; Kambere Musonia (2011) de la Radio Lubero Sud, émettant à Kiremba au Nord-Kivu ; Patient Chebeya Bankome (2010) cameraman à la RTNC/Beni.

Pourquoi alors les Nations Unies choisissent d’instaurer une journée internationale de la fin de l'impunité pour les crimes commis contre des journalistes ? Pour deux motivations : d’abord combattre l’impunité. Selon l’UNESCO, l'impunité mène à un plus grand nombre d'assassinats et représente souvent un symptôme d'aggravation des conflits et d'effondrement des systèmes de droit et de justice. Ensuite, exhorter les États à bâtir et promouvoir un environnement propice à l’exercice du métier du journaliste. En parlant des États, quelle place la RDC occupe-t-elle dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2019 ? Dans ce classement, la RDC occupe la 154e place sur 180 pays. Les raisons de cette mauvaise position sont qu’en 2018, le Congo-Kinshasa est resté le pays de l’Afrique Central dans lequel Reporters sans frontières a enregistré le plus d'atteintes à la liberté de la presse : Violences, intimidations, arrestations arbitraires, médias suspendus, pillés ou saccagés, coupure d’internet, blocage des réseaux sociaux etc. Autant de caractéristiques de l’environnement dans lequel les journalistes congolais ont travaillé en 2018.

L’actuel président de la République Félix Tshisekedi avait promis lors de sa prise de pouvoir qu’il créerait un environnement qui ferait réellement de la presse un 4e pouvoir. L’on ne peut qu’espérer que les conditions de travail des journalistes seront améliorées et surtout que les auteurs de crimes contre Marcel Lubala, Soleil Balanga, Robert Chamwani, Kennedy Germain Mumbere, Guylain Chandjano, Kambere Musonia et Patient Chebeya Bankome répondront un jour de leurs crimes.

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