Un point de vente de « bilokos » dans la commune de N'djili. Photo Lemag/ Michée Lutete

Le phénomène « bilokos » : quand la seconde main est préférée au neuf

Un point de vente de « bilokos » dans la commune de N'djili. Photo Lemag/ Michée Lutete
Un point de vente de « bilokos » dans la commune de N'djili. Photo Lemag/ Michée Lutete
Par Michée Lutete

ven 28/10/2022 - 12:11

Le phénomène bilokos, qui gagne du terrain à Kinshasa, consiste à la vente des produits de seconde main importés de l’Occident. Il s’agit essentiellement des appareils électroménagers, des pièces de rechange et d’autres biens. Si cette activité a autrefois permis à plusieurs familles de se constituer une source de revenus pouvant couvrir leurs besoins essentiels, aujourd’hui la réalité sur terrain est toute autre.

Actuellement dans la ville de Kinshasa, il est difficile de parcourir une longue distance sans croiser dans une parcelle ou un coin de rue un étalage de bilokos. On y voit exposés des fer à repasser, congélateurs, fours, salons , tables , marmites, verres, etc.

fer

billokos

Ce sont souvent des Congolais de la diaspora, appelés en langage kinois « djika », qui fournissent ces différentes marchandises par voie maritime. « Le jetable n’existe plus. Tout est vendable » comme nous le dit un vendeur de bilokos que nous avons croisé à N’Djili.

Anita (nom d’emprunt), vendeuse d’une quarantaine d'années sur la place Sainte Thérèse dans la commune de N’Djili, évoque son commerce et surtout les problèmes auxquels elle fait face au quotidien.

Anita : « J’ai fait plus de 10 ans dans ce commerce. Beaucoup ignorent les réalités que nous rencontrons dans ce commerce. Avant je vendais essentiellement des appareils électroménagers. Mais depuis, ce sont des ustensiles de cuisine que je préfère. Avec des appareils électroménagers, on se prenait trop la tête avec les clients. Tu vends un réchaud et deux jours après le client revient dire que l'objet ne fonctionne pas. À l’achat, pourtant, on avait tout vérifié. Ce genre d'incompréhensions, j’en ai connu plusieurs fois au point même d’en arriver à la Police ».

Devant la table de maman Anita à la place Sainte Thérèse
Devant la table de maman « Anita »

Lemag : vous n’offrez pas une garantie ?

Anita : « Non. Ce sont des objets utilisés et le risque de dysfonctionnement existe toujours. On se fait juste confiance. Parfois ça marche , parfois pas ».

Mirabo, Un autre vendeur que nous avons interrogé aborde autrement ce problème : « nous donnons une garantie d’une semaine. Dépassant ce délai, aucune réclamation n’est admise ».

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Mirabo, un vendeur de « bilokos »

 

Le bilokos préféré au neuf

Selon les témoignages recueillis, ces articles sont généralement appréciés parce qu’ils coûtent moins chers et sont de bonne qualité.

Nathan, un jeune homme d’une vingtaine d’années, nous raconte avoir acheté il y a six mois son fer à repasser à vapeur de 2000 watts, de marque Tefal, à 30 dollars américains à un étalage de bilokos à Lingwala. Il affirme que l’appareil fonctionne encore. Les autres fers de modèle similaire et de même capacité sont vendues à 50 dollars américains dans une grande enseigne d’électroménagers de la place que nous avons visitée.

D’autre part, il y a des produits chinois, neufs, offrant des fonctionnalités similaires, vendus presque au même prix que le bilokos mais de qualité inférieure. Ce qui pousse de plus en plus de consommateurs à acheter du bilokos.

Ces dernières années, la concurrence est devenue de plus en plus rude au regard de la prolifération des étalages. Cet envahissement a créé une baisse de la clientèle. L’offre n’est plus rare. On en trouve maintenant dans chaque coin de rue, se plaignent plusieurs de ces vendeurs interviewés.

Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, cette situation profite à la clientèle. Un acheteur à la recherche des tapis pour maison nous confie : « cette prolifération d’étalage est peut-être un désavantage pour les vendeurs mais pour moi, le client, c’est un avantage (rire). Parce que ça me donne encore plus de choix. Si chez x l’objet est cher je vais aller voir chez y ».

Ce commerce, tant exploité ces dernières années, reste pour la plupart qu'un moyen de survie. D’autres vendeurs se contentent d’acheter auprès des autres, ici à Kinshasa, au lieu de se servir au port de Matadi, dans la province du Kongo-Central, qui constitue le point le plus important d’importation et d’exportation de l’ensemble du pays. Ils justifient ce choix par le coût élevé du transport de Matadi à Kinshasa.

Le terme bilokos vient de l’anglais « low cost », qui se traduit par produit ou service « à bas coût ».

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